C'est le tourbillon dans ma tête ... Tout se mélange, tout se bouscule.
Ma prise de poste s'est super bien passée, je suis sur un nuage mais je dois aussi m’acclimater à un nouveau service complètement différent ... une organisation à prendre, une méthode à apprendre ... alors, la nuit, j'en rêve encore et encore. Mon esprit a du mal à se libérer, se reposer.
Dans ma tête, tout s'accélère. Tout s'entrechoque.
Je n'arrive pas à me fixer à un de mes romans en cours, je tapote sur mon clavier un peu pour chacun, je papillonne, je vole, survole.
Je me torture ... Partagée entre ce désir si grand, si éprouvant, si violent de maternité ... et celui d'espérer ne pas tomber enceinte. Ne pas tomber enceinte, maintenant. Parce que j'ai d'autres projets, incompatibles avec une grossesse. Un voyage de l'autre côté de l'Atlantique en octobre 2018. En amoureux. En famille. Retrouver mon frère parti s'exiler là-bas. Partager cela avec ma mère et mon beau-père. Et culpabiliser. Encore plus fort. Alors que je crève d'envie d'être mère. Que je n'en peux plus. Que j'en pleure souvent. Que j'en rêve toujours. Et pourtant, continuer à se dire ... pas maintenant ... L'an prochain ... plus tard ... en avril ou en mai ... Et s'en vouloir. Se détester. Se haïr. En crever encore plus d'envie quand tout autour de moi, de nous, tout le monde tombe enceinte ... Et pourtant, continuer de croire, aussi, que la patience de l'adoption nous apportera notre plus belle récompense. Essayer de prendre du recul, avec tout le reste, avec ces pensées obscures et ces envies plus fortes, toujours plus fortes. Tenter de se raisonner, de se dire qu'un jour ce sera notre tour. Vouloir que ce jour soit demain. Que ce jour soit avant tout le monde, avant tous les autres. Et vouloir que ce jour attende l'automne prochain. Ou juste un peu plus longtemps que demain. Juste le temps de nous laisser continuer à vivre sans enfants. Après tout, ça fait juste 3 ans qu'on en crève, de ce manque d'enfant. Alors bordel, on n'est plus à ça près. On va encore aimer les enfants des autres. Se nourrir de leur amour. Et rentrer le soir à la maison, les sièges arrières de la voiture vides. Mon bureau sera encore longtemps couvert de dessins d'enfants-des-autres-non-ce-ne-sont-pas-les-miens-non-j'en-ai-pas-encore-oui-c'est-au-programme. Je crie dans ma tête. Je crie tout bas. Je crie car j'ai mal de cet enfant qui n'arrive pas et je crains qu'il n'arrive trop tôt. Quelle ironie. Quelle merde. Voilà, en ce moment, c'est la merde dans ma tête, malgré toutes les jolies choses qu'il m'arrive. C'est un crime pour une infertile de rêver projets autre que bébé. Et pour ça, on prend perpet' ... avec nous même et notre conscience.
C'est tellement le tourbillon dans ma vie et dans ma tête que j'ai à peine la force de mettre en page cet article. Quel effort surhumain. Je cherche le bouton stop.
STOP.

