Dans une société où les médias et les gens en
général sacralisent la maternité, c’est quelque chose d’assez terrifiant
que d’admettre avoir fait le deuil de mener un jour une grossesse à
terme et donc, plus clairement, de faire le deuil
d’un enfant biologique.
Parce que si la plupart des gens te disent
qu’adopter, c’est super (ils ne savent en fait pas ce que c’est, car
« super » ne serait pas le terme à employer), ils continuent malgré tout
à te dire qu’en plus, ils connaissent pleins de gens
qui ont voulu adopter et pour qui, finalement une grossesse s’est mise
en route. Comme si l’adoption était le remède miracle à l’infertilité.
Navrée d’apprendre à toutes ces personnes que c’est faux. Et même
statistiquement parlant, au sein des personnes qui
ont un agrément pour adopter, cela représente à peine 5% des gens …
Nous devons donc, encore une fois, faire comprendre aux gens que nous
n’adoptons pas dans l’espoir que je tombe enceinte [Tout comme je
n’étais pas en PMA juste parce que je pensais trop à
ça et que si je n’y pensais plus ça marcherait].
Depuis maintenant deux ans que nous sommes en
procédure de PMA, j’ai eu le temps de cheminer, de réfléchir, de prendre
du recul. Récemment, après ma dernière fausse couche, j’ai ressenti le
besoin de voir la psychologue de la PMA. Si je
redoutais ce premier RDV, de peur de ne pas savoir quoi lui dire, j’en
suis ressortie libérée. Parce qu’au fil de la discussion, j’ai compris
quelque chose d’essentiel sur moi et mon inconscient.

La grossesse est quelque chose que je perçois
inconsciemment comme étant un événement négatif. Je m’explique. J’ai
vécu tout au long de ma vie des épisodes traumatisants liés à la
grossesse. L’événement marquant restera certainement celui
de ma grossesse molaire, il y a maintenant 7 ans. Cela aurait pu se
limiter à un curetage mais cette grossesse molaire s’est transformée en
tumeur trophoblastique (1 grossesse molaire sur 2 000 en France … et 1
sur 10 000 qui se transforme en tumeur trophoblastique
… la chanceuse, c’est moi !). Tout juste âgée de 22 ans, en pleine
rupture, j’affrontais alors pour la première fois une maladie lourde
avec des notions de mort, car qui dit tumeur, dit cancer, dit chimio,
dit mort. En tout cas quand tu as 22 ans. J’ai vécu
cela seule. Séparée depuis peu, mes parents habitant loin, même si j’ai
eu le soutien de mes amies, je me suis malgré tout sentie seule. Mais
en même temps, voulant protéger mon entourage, j’ai été à l’origine de
cette solitude. J’ai eu 6 mois de traitement
de chimio. Si au final, cette expérience m’a apportée beaucoup de
maturité, elle a aussi laissé de grosses souffrances que j’ai donc
enfoui très profondément.
Depuis 3 ans, grossesse rime avec échec … L’échec
de voir aboutir une grossesse spontanément, naturellement … L’échec de
la « petite » PMA … l’échec des inséminations, puis des FIV. Mais encore
plus difficile à vivre, l’échec, la fin de
la grossesse quand elle a quand même démarré … A tel point que
désormais, pour mon inconscient, les grossesses finissent toujours mal …
Oui, je peux tomber enceinte, mais non, je ne peux pas le rester. Cela
se répercute jusque dans mes rêves … ceux où je rêve
que je suis enceinte, sur le point d’accoucher … mais qu’en réalité, je
ne le suis pas … que j’accouche d’un poupon … un faux bébé quoi. Bref,
que du négatif. Trop de négatif. Tellement d’angoisses. La psychologue
m’a fait prendre conscience que ma première
expérience de grossesse a été assimilée à ma première expérience de ma
propre mort.
Si je me réjouis sincèrement de l’annonce de
grossesses de mon entourage, au fond de moi, une petite voix me dit
d’attendre la naissance … car il y aura sûrement, au choix, une fausse
couche, une mort fœtale in-utéro, une interruption médicale
de grossesse pour malformation … Ouais, que du bonheur, tu l’auras
compris. J’y peux rien, c’est plus fort que moi, j’ai beau lutter … en
même temps, bosser en pathologie de la grossesse n’aide pas forcément à
voir des grossesses « normales », avec un happy
end. Je peux vous l’accorder … justement, avec la psychologue, nous
travaillons là-dessus … car ce n’est pas anodin que je travaille dans
ces services … (juste pour l’anecdote … le service d’hématologie où je
bosse a supervisé, à l’époque, ma maladie trophoblastique
… j’ai fait le rapprochement 2 ans après être arrivée dans ce service) …
il faut donc que j’arrive à comprendre si c’est pour réparer quelque
chose ou si c’est pour répéter …
Quoiqu’il en soit, j’ai pu lui expliquer que
lorsque nous avons décidé de nous tourner vers l’adoption, j’ai été
soulagée. En effet, l’adoption supprime l’étape de la grossesse. Sans
grossesse, plus de mort à mes yeux. Plus d’angoisses
de ce genre. Soulagée est même un terme trop faible. Je me suis sentie
comme la reine des neiges, libéréééééée, délivréééée de savoir que je
deviendrai mère sans passer par la grossesse. Le plus difficile dans
cette idée, c’est de devoir renoncer à l’allaitement.

J’ai voulu parler de tout cela avec ma mère. Après
tout, des tas de choses inconscientes se passent psychologiquement dans
la relation mère-fille quand cette dernière souhaite devenir mère à son
tour. Seulement, je n’ai pas eu malheureusement
la réaction attendue. Ma mère a mal vécu ce que je lui ai expliqué,
sûrement parce qu’elle a voulu se mettre à ma place, alors que ce n’est
pas possible. Chaque femme a un vécu et un ressenti différent. Elle n’a
pas cessé d’essayer de me convaincre à quel
point c’est merveilleux une grossesse. Je n’en doute pas, loin de là.
Et je me réjouis même de partager les expériences des grossesses de mes
amies. Mais pour moi, c’est autre chose de plus profond qui se vit. Et
même si je continue parfois à m’imaginer ou
me rêver enceinte, découvrant pleinement les joies (ou pas) de la
grossesse … je suis malgré tout en paix avec moi-même et avec mon corps.
J’ai dit à moi-même que je me pardonnais de ne pas pouvoir être
enceinte, de ne pas le vouloir même, et que quoiqu’il
arrive, je le vivrai bien. Parce qu’au fond, mon mal être vient du fait
de ne pas être mère … Et on peut devenir mère autrement qu’en étant
enceinte. On peut être mère autrement qu’en donnant biologiquement la
vie. De savoir ça, de m’autoriser ça … m’a permis
d’avancer et de faire le deuil de cette grossesse que je n’arrive pas à
garder au creux de mon corps. Accepter le fait que je ne serai
peut-être jamais enceinte, comprendre d’où viennent mes peurs
inconscientes et pour l’exprimer à mon mari … tout ceci m’a
permis de me sentir libérer d’un poids.
[Ceci est mon ressenti et mon vécu personnel … merci de le respecter !]