Montagnes russes ... Ascenseur émotionnel. Appelez ça comme vous le souhaitez.
Pour cette deuxième FIV, j'étais sur un nuage.
Après le stress de passer au bloc avec une anesthésie générale un vendredi 13, j'étais ultra détendue en apprenant la bonne nouvelle : 14 ovocytes récoltés pour cette 2ème FIV. Un résultat bien meilleur que pour la 1ère. Pour la petite anecdote, pour ce coup-ci, je n'ai pas pu avoir de chambre double. Horreur en le découvrant le jour même, d'autant plus que nous avions croisé dans la salle d'attente un couple de "cas soc" (ah ah, un comble pour une assistante sociale) et je me disais qu'avec la chance que j'avais, on allait se les coltiner dans la chambre double !!! Heureusement, je suis tombée sur une autre femme et ça s'est très bien passé ... Cependant, je redoutais le moment où notre gynéco et le biologiste allaient venir dans la chambre nous annoncer ce qu'avait donné nos ponctions ... Je craignais tellement qu'il nous annonce un chiffre tout pourri ... que je n'ai pas pu m'empêcher de crier un grand YES quand il m'a annoncé 14 ... négligeant totalement au passage que ma voisine de chambre avait eu, elle, un recueil bien moins bon que le mien ... et oui, mea culpa ... Bref.
Les bonnes nouvelles ont continué. Le biologiste nous a annoncé que 10 embryons étaient nés de la fusion de mes ovocytes et des spermatozozo de mon homme ... Le manège continue donc de monter doucement mais sûrement, on approche des nuages ... On les touche des doigts.
Le transfert se passe à merveille. Dr Mamour est confiant, nous explique que nous avons 3 magnifiques blastocytes (embryon à un stade de 5 jours, près à sortir de sa coquille pour aller s'accrocher dans l'utérus ...). Il transfère donc un blastocyte frais et congèle les deux autres. On plane. On est sur les nuages, on va manger au chinois et on se laisse à rêver à ce petit blastocyte que l'on a vu s'installer en direct dans mon utérus. La couvade peut démarrer. Cocooning au programme et rêves en tous genres.
Je vis très bien la première semaine post-ponction, et je continue petit à petit de me rapprocher des nuages.
Comme la dernière fois, je vis très mal la seconde semaine. A l'affût du moindre symptôme, je me transforme en un tas d'hormones en furie ... pleurs, envies, angoisses, insomnies, sommeil, nausées, susceptibilité et cie ... mon mari en rigole et me dit qu'il espère que je ne serai pas comme ça pendant 9 mois.
Sauf qu'à 13 jours post-ponction, soit 13 jours après l'ovulation, soit 1 jour avant l'arrivée présumée des règles (en langage d'experte en PMA : à 13 DPO), je me réveille, pliée en 2, avec des douleurs ... Non, pas des douleurs, LA douleur. Celle que toutes les femmes qui espèrent connaissent et redoutent. Un filet de sang lors d'un passage aux toilettes et la chute est rude. J'étais tout en haut de ma montagne russe, me voilà propulser tout en bas. Au 15ème sous-sol même.
Des larmes, des cris, des spasmes, des apnées ... Charmante Compagnie est triste, lui aussi, mais il est surtout encore plus mal de me voir comme ça. Il ne sait plus ni quoi dire ni quoi faire. Je ne reprends plus mon souffle. J'hurle et les larmes me brûlent les joues. J'arrive à lâcher entre deux sanglots, que je ne veux plus qu'on y croit, que je veux tout arrêter, que ça ne sert à rien, que je ne pourrai jamais être enceinte. Il tente de m'apaiser, mais je ne l'écoute pas. Je suis toujours prise dans mon ascenseur émotionnel. Et puis, après la chute, le calme revient. Pliée en deux, dans mon lit, le regard vide, j'attends. Quoi, je ne sais pas. En fait si, j'attends quand même un peu d'espoir. L'espoir, c'est dans le soutien de mes amies et copines de PMA ... parce quand on y croit plus, elles, elles y croient pour nous et nous redonnent la foi. Elles me disent d'y croire, d'attendre demain, de faire ma prise de sang, et pourquoi pas la folie d'un test de grossesse. Oh le test de grossesse. Combien de fois ai-je pissé dessus et attendu désespérément que la putain de barre apparaisse. Alors, pourquoi pas, après tout, j'ai tellement l'habitude des tests négatifs, qu'au moins je pourrais passer à autre chose et attendre sagement l'arrivée du prochain cycle. Je n'y crois tellement pas que je ne regarde même pas le résultat. C'est en retournant à la salle de bain quelques minutes après, que je découvre que ... mais que vois-je ? Oh ... tiens, je suis remontée sur mon manège ... je monte, je monte ... mon nuage m'attend. Elle est là. Pâlounette, mais là. Elle n'a jamais été là jusqu'à maintenant. Putain de bordel de merde. J'en pleure, again. Mais de joie et d'espoir. Charmante Compagnie, lui, est refroidi. Il est content mais prudent, il attend le résultat de la prise de sang du lendemain. Ne nous emballons pas. Moi, trop tard, je suis déjà en route pour le nuage. Et j'en rêve la nuit. Je rêve que je reçois le résultat par SMS de ma prise de sang qui me dit "ENCEINTE". Pour la première fois, je me rends au labo légère et souriante. C'est la laborantine que j'aime bien. On papote. Elle me dit qu'elle, elle y croit. Et quelques petites heures plus tard, à peine ... je reçois les résultats. 44ui. 44ui. Putain, mais 44ui, c'est positif. C'est un nombre. C'est mieux que le "négatif" habituel. Certes, c'est tout petit, mais en même temps, à 14 DPO ... ça reste raisonnable. Vite, vite, appelons le Dr Mamour pour lui annoncer la bonne nouvelle (oui, le Dr Mamour n'a que moi comme patiente et n'attendait que ça !!!!). Sa secrétaire me dit de bien refaire une prise de sang dans 4 jours pour voir si la grossesse est bien évolutive. Et moi, je danse dans ma cuisine. Je rassure ma mère, ma belle-mère, que j'avais alerté la veille en leur disant que c'était mort. Charmante Compagnie se lâche enfin et y croit. Il attendait le résultat, il l'a eu, il est positif, c'est parti mon kiki. Je suis donc toujours sur ma montagne russe, je monte doucement mais sûrement ... Mais je suis aussi au bord d'un précipice ...
Des pertes continuent de noircir le tableau. Une ombre dans notre nuage tout rose. Mais on continue d'y croire. En début de grossesse, tout est possible ... On s'accroche au possible. Et là, je ne remercierai jamais assez les amies qui m'ont soutenue et encouragée, et les copines PMA qui partagent leurs expériences ... Parce que dans ces moments là, c'est au positif que je veux m'accrocher, aux histoires qui finissent bien même si elles commençaient mal ...
Et puis il y aura eu la prise de sang bonheur, celle qui m'annonce que oui, la grossesse progresse, évolue. Je danse de joie, je pleure de joie (au bureau, devant ma stagiaire ... et oui, avec la PMA tu oublies ton intimité et ta sphère privée). Mes collègues sont au courant en direct et se réjouissent pour moi. Voilà déjà 16 cycles qu'elles vivent quasiment au quotidien avec moi mes péripéties PMA qui impactent tant sur le boulot ... Et puis, patatra, l'angoisse arrive, du sang, beaucoup de sang.
Un arrêt forcé, un alitement contraignant ... J'en rigole, je plaisante avec une amie en lui disant que je vais avoir des escarres à force ... Je me raccroche aux branches, les branches de mes copines de PMA qui me rassurent. Charmante Compagnie aussi s'accroche. Il semble moins près du précipice que moi, il a atteint le nuage avant moi, je crois.
Je continue d'en rêver la nuit. Enceinte, enceinte. Ca résonne dans ma tête. Putain, quel bonheur, enfin. Mais quel stress. Et là, tu te dis qu'en fait, tout ce que tu as vécu avant, l'épreuve des déceptions qui s'accumulent, les examens, les piqûres, les hormones ... en fait .... le plus dur est à venir. Le plus dur au final ce n'est pas de voir apparaître le + sur le test de grossesse ... Le plus dur, c'est de le voir rester ... s'accrocher ... se développer, vivre.
Au passage, sur mes montagnes russes, j'ai pris tout sur mon passage. Les pensées, les bonnes ondes, les mots doux, les mots rassurants, les réconfortants ... Parce que du coup, moins dure a été la chute quand l'évidence de la fausse couche, quelques jours plus tard, s'est imposée à nous ... J'ai pleuré, je crois. Un peu. Par moment. D'un coup, comme ça, un pleure, puis hop, plus rien. Immédiatement, puis un jour, cinq jours ... plus tard. A l'occasion. Parce que je vois un bébé. Parce que je lis un livre triste. Parce que j'apprends une grossesse. Mais je ne suis pas tombée dans le précipice. La chute a été moins violente que la première fois. Parce que j'avais déjà tellement pleuré le jour où j'ai cru que ça n'avait pas marché. Là, ça a marché. Oui, bordel, ça a marché. Y'a eu des + sur mes bâtonnets , y'a eu un taux de Bêta HCG qui a grimpé, y'a eu des nausées, y'a eu des signes qu'il était là, en train de s'installer. Etrange sensation, que celle d'être triste à en mourir car vous venez de faire une fausse couche et que votre utérus est à nouveau désespérément vide ... tout en étant heureuse, car ça a marché, et que l'espoir renaît. L'espoir que ça marchera mieux la prochaine fois.
Alors, j'ai décidé de remonter dans le manège, sur ma montagne russe. Parce que nous avons deux blastocytes congelés. Quand j'ai vu le Dr Mamour, il m'a libéré. Il était lui aussi déçu pour nous, il y croyait (et pensait même que je venais le voir pour l'écho des 6 SA) et lui aussi, il était content, car ça avait marché. Il était confiant, ça marchera. On y croit. On ne lâche rien. Si on lâche, autant tout arrêter. Je l'ai fait rire quand je lui ai dit "c'est tout" quand il m'a donné le protocole de mon transfert d'embryon congelé ... Oui, "c'est tout". Juste des comprimés à prendre et de la progestérone. Plus de piqûres. Pas besoin. C'est fou, mais ça m'a fait flipper. Est-ce que ça va marcher avec si peu de protocole ? Il m'a aussi déculpabilisé. Il a essayé, en tout cas. Ça chemine ...

Je garde le sourire. Ma collègue ce matin m'a annoncé sa grossesse, je suis heureuse pour elle, et j'espère juste pouvoir lui annoncer la même chose dans quelques semaines. Je le prends bien, je positive, je fais même de l'humour ...
Nous avons un Findus et un Croustibat au congelateur ... Dans un mois, on décongèlera notre petit Findus pour le mettre au four pendant 9 mois ... Et y'a pas de raison, cette fois, il va s'accrocher ... Parce que bon, les montagnes russes, j'aime bien ... mais uniquement au Parc Astérix !
[Et désolée pour ce pavé décousu ... mais c'est ça aussi la PMA]