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lundi 29 janvier 2018

Le jour où j'ai changé de travail

J'en ai déjà parlé ici ... En août, j'ai osé ... en août, j'ai fait une demande de mutation dans un hôpital à 20 minutes de chez moi ... L'entretien s'est très bien passé et très rapidement, j'ai eu la confirmation de mon intégration dans ce nouvel hôpital pour le 15 novembre. 
Exit les 150km quotidiens que je parcourais pour aller au travail et rentrer à la maison. Rien que cette idée me réjouissait. 



J'avais un peu d'appréhension à l'idée de quitter mes deux services que j'appréciais énormément : l'hématologie adulte et la néonatalogie ... mais je dois reconnaître que je ne regrette absolument pas ce changement ! 
Depuis le 15 novembre, je suis assistante sociale dans une permanence d'accès aux soins et à la santé. C'est un service très particulier au sein de l'hôpital. Issu de la loi de 1998, dite loi de lutte contre les exclusions et la précarité ... les PASS permettent aux personnes qui sont dans une situation précaires et donc sans couverture sociale totale ou partielle, de bénéficier de soins. 
Mon rôle d'assistante sociale est très important puisque je coordonne tout au niveau de cette permanence, pour permettre que tout roule comme sur des roulettes ! Ma mission principale consiste à l'accès aux droits. Au détour d'une évaluation sociale globale, j'accompagne les personnes (des personnes seules, des femmes, des hommes, des enfants, des femmes enceintes, des mineurs isolés ...) jusqu'à ce qu'ils puissent accéder au droit commun. Ainsi, je suis chargée de l'ouverture des droits Sécu, je travaille en lien avec les différents partenaires sociaux pour faire face à des problématiques de grande précarité : accès au logement, protection de l'enfance, démarches sociales diverses, etc. 
Il n'y a pas à dire, ce poste me correspond parfaitement et je suis pleinement épanouie. Je rencontre des personnes toutes très différentes les unes les autres. Des touchantes, des agaçantes, des battantes, des larmoyantes, des rigolotes, des cas psychiatriques, des pénibles, des motivées, des paumées ... Bref, un panel de portraits variés ! 
Et, petite cerise sur le gâteau, je suis aussi en renfort sur le pôle femme-mère-enfant, à savoir maternité, néonat, pédiatrie et pédopsychiatrie ! De quoi garder un pied dans ce que je connaissais déjà très bien ... et que j'adore. 
Je suis super à l'aise au sein d'une nouvelle équipe sociale, plus petite mais tout aussi sympathique, si ce n'est plus ! J'ai l'impression d'être sur ce poste depuis longtemps ... je suis comme un poisson dans l'eau ! 

vendredi 6 octobre 2017

Le jour où la maladie touche les jeunes

Je n'avais pas tout de suite réalisé, en prenant mon poste d'assistante sociale en hématologie, que j'allais être confrontée à de jeunes patients, de mon âge ou bien plus jeunes, qui devraient faire face à des leucémies, des lymphomes de Hodgkin ou autres réjouissances. A croire qu'inconsciemment, mon cerveau masquait la cruelle réalité : la maladie touche aussi les jeunes.

Je ne parlerai pas là des jeunes enfants, c'est encore un autre sujet. Là, dans ce service d'hématologie, les jeunes en question ont plus de 18 ans ... et l'avenir qui s'offrait à eux.



Je me rappelle encore de ce mercredi matin de mars 2014. Nous étions tous réunis au "staff" comme l'appelle les médecins. Une sorte de réunion trois fois dans la semaine où les médecins font le point sur les patients présents dans le service. Quand j'ai entendu sa date de naissance, je n'ai pas tilté tout de suite. 1996. 1996. 1996. Putain de bordel de merde, 18 ans, tout juste. Et elle avait un si joli prénom. Si doux et si moderne. 18 ans, à peine majeure, et elle allait démarré une chimiothérapie intensive. Je me souviens avoir déglutie bruyamment et verrouillé mon cerveau pour ne pas entendre la suite.
Je suis allée la rencontrer quelques jours après son arrivée dans le service. Quand je suis entrée dans la chambre, elle était entourée de ses parents et de sa petite sœur. Des photos étaient aimantées sur le tableau magnétique de la chambre. J'ai tout de suite ressenti un immense décalage. J'ai vu la mine des parents, accablés, dépités, détruits. Et j'ai vu son sourire. Quand je me suis présentée, elle a tout de suite parlé avec moi, de sa vie. Elle était en première année de BTS. Ses copines lui avaient promis de l'aider pour les cours. Les profs étaient déjà venus la voir à l'hôpital et allaient mettre en ligne les cours magistraux. Pour les examens, elle verrait bien ... D'ici là, elle aura sûrement fini la chimio. Elle était pleine de vie. Elle était en vie. Alors, je me suis détendue. J'ai arrêté de projeter mes angoisses et j'ai enchaîné. D'elle-même, elle m'a demandé comment ça se passait pour les perruques. J'ai vu sa mère au bord de l'évanouissement, alors je me suis aussi occupée de sa mère. Parce qu'au final, elle, elle allait bien. Elle avait accepté sa maladie et menait son combat. Pour ses parents, c'était leur monde qui s'écroulait. Le monde et l'avenir de leur fille aînée. Ils avaient tellement de projets pour elle. Et voilà que ce putain de cancer venait gâcher la fête.
Quelques heures plus tard, elle partait en rendez-vous pour une conservation de ses ovocytes. A 18 ans tout juste, elle savait désormais que pour devenir mère, elle n'aurait pas d'autres solutions, un jour ... Elle me confiera un peu plus tard que c'était ce qui l'avait le plus terrifié ... et qu'elle s'était même demandé si un jour un homme l'aimerait et accepterait de vivre tout cela pour avoir un enfant avec elle.
Ses cheveux ont commencé à tomber. Elle a demandé à l'infirmière de la tondre. J'ai croisé sa mère dans le couloir, à ce moment là. Elle pleurait et ne pouvait pas voir cela. Je l'ai accompagné dans mon bureau. Elle a vidé la boîte de mouchoirs et a commencé à se poser 1001 questions. Je n'avais aucune réponse. Parce que personne ne savait si sa fille allait guérir. Parce que personne ne savait si sa fille allait pouvoir finir sa 1ère année de BTS. Parce que personne ne savait quand ses si jolis cheveux blonds allaient repousser. Parce que personne ne savait réellement ce que vivait sa fille. Elle a commencé à s'énerver, après l'injustice de cette maladie ... Entre deux sanglots, elle me disait que sa fille ne pourrait peut être jamais acheter de maison, à cause des assurances de crédit. Entre deux reniflements, elle s'inquiéta des conséquences d'une chimio aussi forte sur un corps aussi frêle.
Elle n'a pas mis de perruque finalement. Elle m'a dit vouloir assumer sa nouvelle tête. La plupart du temps, elle portait un foulard, d'une couleur vive qui tranchait avec la pâleur de sa peau. Au fur et à mesure des cures, elle perdait du poids. Mais elle ne perdait en rien son sourire et sa force de vivre. Elle me faisait penser à tant d'autres filles de son âge. Couchée dans son lit à regarder des séries sur son ordinateur portable, elle communiquait avec le reste du monde sur Facebook. Enfermée dans sa chambre stérile, le temps d'une autogreffe, elle a continué à étudier les cours que ses copines lui ramenaient.
Et un jour, elle est partie, guérie. Ou du moins, en rémission complète. Elle est partie comme elle est arrivée ici, avec le sourire ...

Malheureusement, après son départ, d'autres jeunes sont arrivés. Et depuis, ils n'arrêtent plus ... Ils ont 18 ans, 20 ans, 25 ans ... ils sont jeunes mariés, futurs ou jeunes parents, pas encore diplômés, tout juste embauchés ... Ils avaient des rêves plein la tête et puis, un jour, sans prévenir, la maladie les a frappé ... et a mis leur vie entre parenthèse ...

mercredi 4 octobre 2017

Le jour où on a rencontré l'assistante sociale pour notre agrément en vue d'une adoption #3

Je vous avais laissé sur l'envoi de notre dossier de demande d'agrément. Une fois les formalités réglées, nous avons attendu. A notre plus grande surprise, l'attente fut de courte durée car nous avons très rapidement reçu notre courrier nous informant que nous étions désormais inscrits sur la liste d'attente pour un enfant pupille de l'Etat. Quelques jours plus tard, nous étions invités à prendre rendez-vous avec l'assistante sociale qui allait s'occuper de l'investigation sociale pour notre demande d'agrément. 
Je ne vous cache pas que j'ai été assez anxieuse de passer de l'autre côté du bureau .. .D'habitude, c'est moi l'assistante sociale, assise derrière mon bureau, qui invite les personnes à parler de leur situation. J'ai trouvé mon mari plutôt serein de son côté. 
C'est moi qui me suis chargée de prendre le RDV et ce premier contact téléphonique m'a soulagée. L'assistante sociale avait l'air très décontractée et ouverte. La cerise sur le gâteau, elle pouvait nous recevoir très vite, durant nos congés d'été. Ainsi, pas besoin de poser de jours ou d'heures de récupération. Nous allions pouvoir profiter pleinement de ce premier rendez-vous, bien que très matinal et à 1h15 de route de la maison. 
On a un peu serré les fesses car nous n'avons pas trouvé de place gratuite pour nous garer, et nous n'avions pas de monnaie sur nous. On pensait naïvement trouver un horodateur qui prenait les CB mais il faut croire que Grenoble n'est pas en avance là-dessus. Le commissariat se trouvait juste à côté des bureaux des services de PMI en plus ... Mais bon, ça valait le coup de prendre le risque d'avoir une amende (que nous n'avons pas eu, au final ... et dorénavant, on sait que quand on ira là-bas, il nous faudra avoir de la ferraille). 
J'ai profité que l'assistante sociale nous fasse attendre quelques minutes pour feuilleter quelques magazines et livres posés dans la salle d'attente, bien entendu, tous ciblés sur l'adoption. J'en reparlerai à l'occasion d'ailleurs, de ces lectures concernant le projet d'adoption. 
Et puis, on a fait le grand saut. 



Je comparerai ce premier rendez-vous avec la première échographie pour une grossesse. Il y a de l'excitation et beaucoup d'appréhension. On ne sait pas trop ce à quoi s'attendre, ce qu'on va découvrir ... On se laisse un peu porter par le professionnel. On ose à peine poser des questions. Et puis, une fois la sonde en route, on voit apparaitre un tout petit point minuscule avec un battement de coeur quasiment aussi gros que lui ... Et bien pour nous, ce fut pareil. 
Ca y est, on y était. L'aventure démarrait, s'inscrivait dans notre histoire. Notre projet d'adoption était reconnu par des professionnels. Alors, on s'est détendu, et on a parlé. 
J'ai beaucoup parlé. C'était comme naturel. Quand l'assistante sociale nous a demandé de nous présenter, de parler de nous, de notre enfance et de l'enfant que nous étions, de notre famille et des parents que nous avons, de nos relations fraternelles, de nos histoires d'amour qui ont compté avant de se trouver ... Puis de nous, enfin. De comment on s'est connu, plu, aimé, plus quitté. De notre désir d'être parents. De nos difficultés à le devenir naturellement parlant, biologiquement. 
On parlait, chacun notre tour. On s'écoutait, on se complétait, on approuvait. Et puis, l'assistante sociale nous demandait aussi de parler de l'autre. "Comment décririez-vous votre conjoint". "Qu'aimez-vous chez lui". J'ai failli pleurer quand j'ai entendu Charmante Compagnie parler de moi et de son amour pour moi. Non seulement, cet homme me connait (presque) par coeur, mais il a cette sensibilité qui me touche et me fait l'aimer un peu plus chaque jour. Entendre son mari dire à une parfaite inconnue ce qu'il aime chez vous ... croyez-moi, ça bouleverse et ça permet de recevoir une dose d'amour énorme ... 
A la fin de l'entretien, j'étais vidée, mais heureuse. Je pense que nous sommes sortis de cet endroit et que l'assistante sociale a pu se faire une réelle idée de qui nous étions. Nous nous sommes livrés sans tabou, sans crainte, en toute transparence. 
Et même si nous avons beaucoup parlé - énormément pour moi -, elle était en interaction avec nous et au final, c'était comme si nous discutions avec notre famille, nos amis ... de nous et de nos projets ... C'était simple et sans artifice. Sans pression aussi. La pression d'être bien vus. Non, elle a su nous mettre à l'aise immédiatement et montrer qu'elle était là aussi pour nous guider. L'adoption est un long cheminement, on ne vous demande pas, dès le premier rendez-vous, d'avoir réponse à tout. Le but du jeu, c'est d'être soi-même. 



Ce jour là, nous l'avons été. Et quand nous sommes partis, avec dans nos agendas le prochain rendez-vous, à la maison, cette fois, nous sommes sortis heureux. Heureux, et avec des projets pleins la tête. 
Car une demande d'agrément, c'est long. Il faut environ 9 mois. Alors, pour éviter d'être passifs et vivre cela le plus sereinement possible, on s'est fixé des objectifs à réaliser durant ces 9 mois : 

- S'inscrire à EFA 38, l'association pour les adoptants et les adoptés de notre département, afin de participer aux soirées témoignages, aux colloques, aux formations ... 
- Lire, encore et toujours, sur l'adoption mais surtout sur l'attachement et l'apparentement. Sur l'après-adoption. 
- Concevoir un livre d'adoption pour ce futur enfant, pour qu'il se sente attendu comme peut l'être un bébé biologique ... écrire notre attente, lui présenter sa famille et nos amis ... un carnet à remplir au fil des mois d'attente ... et après. 
- Ecrire. Celui-ci, c'est mon projet personnel. Ecrire cette aventure que l'on démarre. Une aventure vers la parentalité semée d'embûches et d'émotion. 


mardi 5 septembre 2017

Le jour où elle n'était plus là quand je suis revenue

Je me souviens d’elle, à son arrivée dans le service. C’était le début de l’été, elle venait de l’île de la Réunion, et quand je suis rentrée dans sa chambre, son sourire était aussi chaleureux que le soleil de son île, malgré la grisaille dehors. C’est d’ailleurs la première chose qu’elle m’a dit : « c’est déprimant d’arriver ici sous la pluie » et puis, elle a relativisé, en se disant que de toute façon, elle était cloîtrée dans sa chambre d’hôpital, alors autant qu’il pleuve pour ne pas regretter de ne pouvoir sortir. 



On a commencé à parler, de sa vie, laissée là-bas : un boulot, une maison, un mari et un fils. Heureusement, son mari et son fils arrivaient quinze jours plus tard, pour l’été. Ils verraient ensuite, en fonction de ses soins … mais très vite elle m’a rappelée pour me dire qu’ils restaient ici tous les 3. Deux ans de traitement en perspective. Alors, ils ont tout quitté pour s’installer ici. Son fils de 5 ans a dû s’acclimater au temps d’ici, rencontrer de nouveaux copains, découvrir une nouvelle école et vivre dans un appartement lui qui vivait dans une maison ouverte en permanence sur l’extérieur. Il a dû aussi vivre sans sa maman, la plupart du temps. Les hospitalisations étaient longues. Et puis, un jour, elles se sont espacées et même mieux, sa maman ne venait à l’hôpital qu’en ambulatoire, à la journée. Il a donc retrouvé les joies d’un petit garçon de son âge, retrouver sa maman tous les soirs à 16h30 à la sortie de l’école. 

L’hiver est arrivé et s’est bien passé. La famille de la Réunion est venue en France, soutenir la famille fragilisée par cette putain de maladie, et l’espoir de repartir un jour là-bas n’a jamais cessé. Les mois ont défilé, la maladie a failli perdre la partie mais finalement, elle est revenue dans le jeu. Revoir son nom inscrit sur le tableau blanc du bureau des infirmiers. Ne le voir jamais s’effacer et comprendre que l’hospitalisation va être à nouveau très longue.
Alors, j’ai repris les bonnes vieilles habitudes, en allant la voir tous les jours, pour parler. Elle me tutoyait, comme à la Réunion. Elle apportait son soleil à elle, malgré la souffrance énorme qu’elle ressentait, physiquement et psychologiquement. Elle ne lâchait rien. On a travaillé ensemble, elle, moi et l’assistante sociale du personnel de son mari, pour leur permettre de rester le plus possible une famille, malgré la maladie, malgré l’hospitalisation, malgré la séparation, malgré toutes les merdes qu’ils enduraient depuis des années déjà. 

Chaque jour, les nouvelles médicales changeaient, mais chaque matin, en voyant son nom sur le tableau des personnes hospitalisées, je souriais. Parce que ça voulait dire qu’elle était encore là, qu’elle avait passé la nuit. Un jour de plus. Une victoire de plus.
On parlait parfois de la mort, de sa mort. Mais de façon détournée. On évoquait l’absence mais sans réellement la nommer. En fait, c’était dur pour elle comme pour moi. Je ne voulais pas y penser, je continuais à espérer. Jusqu’à mon dernier jour avant mes vacances. Les nouvelles étaient bonnes. Elle allait pouvoir recevoir un nouveau traitement, une véritable chance de survie pour elle. Alors, je me suis à nouveau décarcassée pour organiser des tas de choses, à son domicile, pour montrer à la terre entière qu’il y avait encore de la vie, encore de l’espoir. Je suis partie ce soir-là en passant lui dire aurevoir et à la semaine prochaine. Je m’absentais si peu de temps. Sa mère était à ses côtés, on s’est adressé un sourire et je suis partie. 



Quand je suis revenue, elle n’était plus là. Elle avait été transférée deux jours avant en unité de soins palliatifs où elle s’est éteinte en toute sérénité. Son petit bonhomme, âgé de plus de 6 ans alors, a pu profiter d’elle jusqu’au bout, blotti contre elle toute la journée avant sa mort, et présent pour lui dire adieu quelques instants avant que son cœur s’arrête. Le lendemain matin, c’est lui qui a pris la main de sa grand-mère et qui l’a amenée dans le bureau de notre psychologue « ça y est, Ma maman est morte, elle est parmi les étoiles ». La force des enfants face à la mort est surprenante. Je n’oublierai jamais sa maman, elle était mon petit rayon de soleil des îles, une femme admirable.
 
 

lundi 22 mai 2017

Le jour où on a franchi le cap

Après ma fausse couche, nous avons pris la décision avec Charmante Compagnie, d'avancer notre démarche de demande d'agrément en vue d'une adoption. Nous avions prévu de le faire après le TEC 2, mais finalement, on s'est lancé. Je pense que nous avions besoin de ça aussi pour rebondir après cette fausse couche et après cette grosse perte d'espoir. Même si nous espérons toujours une grossesse, il nous paraissait important de démarrer dès maintenant notre démarche dans l'adoption. 
A notre surprise, c'est allé très vite. Notre courrier a eu une réponse très rapide, à peine une semaine, et nous sommes donc convoqués début juin pour le 1er RDV. Il s'agit d'une réunion d'information collective. A partir de cette réunion, nous pourrons alors confirmer notre volonté de demander un agrément et nous démarrerons les démarches en vue de cette obtention d'agrément. 
Je suis impatiente, d'autant plus que cette démarche s'inscrit dans une petite pause en matière de PMA, le temps de donner à mon corps quelques semaines pour se remettre d'aplomb afin d'accueillir une nouvelle grossesse éventuelle. 
Nous en avons beaucoup parlé avec Charmante Compagnie, et nous souhaitons aller au bout de cette démarche - sauf si bien entendu, le Conseil Départemental nous en empêche. C'est à dire que nous avons réfléchi à la possibilité de poursuivre notre demande d'adoption malgré la naissance d'un ou deux enfants biologiques. Pour moi, arrêter ce projet parce que j'aurai eu la chance d'avoir des enfants naturels serait très dur à vivre. Ce serait comme un avortement contraint et forcé. Tout comme notre démarche en PMA nourrie notre désir de devenir des parents biologiques, ce nouveau projet d'adoption est le résultat d'une réflexion et d'une préparation psychologique à devenir parent. 
Cela rejoint donc un de mes "rêves" de petite fille, quand je disais que j’adopterais, plus tard, un ou des enfants ... ça devait être mon côté assistante sociale qui était déjà là ! Tout ça pour dire que, depuis ma plus tendre enfance, ce projet était déjà là et il était même naturel pour moi d'avoir des enfants biologiques et des enfants adoptifs. 
J'espère qu'un jour, notre famille sera composée d'enfants biologiques et d'enfants adoptés. 



Je suis impatiente, et aussi un peu stressée. Après tout, l'adoption, je connais, mais de l'autre côté ... D'habitude, c'est moi l'assistante sociale qui reçoit les mamans désirant accoucher sous X, qui recueille les bébés nés sous X et fait le lien avec le bureau des adoptions. Il va falloir que j'accepte de lâcher prise et de passer de l'autre côté. Celui des futurs parents. Que je me détache de ma profession, de la théorie, des connaissances que j'ai sur l'adoption en France et à l'étranger, et que je me laisse vivre cette aventure, pleinement et le plus sereinement possible.

Nous voilà donc officiellement lancés dans une longue histoire de notre vie de futurs parents ... 9 mois pour obtenir un agrément ... et une moyenne de 2/3 ans pour adopter un enfant à l'étranger, et plus de 5 ans pour un enfant de France ... Nous en sommes au tout début du parcours, mais nous venons de poser la première pierre qui nous mènera jusqu'à notre but final ...

jeudi 2 mars 2017

Le jour où je te parle du don et du contre-don

Je fais un métier où je travaille avec l'humain et l'humanité. Assistante sociale est un métier merveilleux, passionnant mais aussi éreintant. Nous sommes formés pour accompagner des personnes qui, à un moment donné dans leur vie, on besoin d'un appui, d'un soutien, d'une béquille, d'une petite aide ... Parfois, on doit porter à bout de bras les personnes, d'autres fois, elles ont juste besoin d'un coup de pouce. Il y a des gens que l'on ne verra qu'une fois dans notre vie professionnelle, et d'autres qui feront presque partis du décor de notre bureau. C'est ce que j'aime dans ce métier. 

L'échange, c'est ce qui m'a toujours caractérisé. D'ailleurs, ce blog en est la preuve. Je suis pour l'échange et le partage. Cela fait partie de moi, alors forcément, cela se ressent au travail. 

Les personnes que l'on accompagne réagissent toutes différemment à notre accompagnement social. Il y a celles qui se laissent complètement aller, en totale confiance (parfois trop) et qui nous laissent faire les yeux fermés. Il y a les méfiants, qui ne veulent rien lâcher et qui sont juste là pour être sûrs qu'ils font bien (seuls). Il y a les personnes qui remercient toujours un peu trop, avec mes collègues on dit souvent qu'elles sont trop polies pour être honnêtes, elles nous font rire. Il y a ceux qui nous demandent si nos services sont gratuits. Il y a les gens qui n'osent pas te déranger mais qui ont grandement besoin de toi, alors tu dois devancer leurs demandes, parfois. Il y a aussi ceux qui te prennent pour leur boniche et qui attendent de toi que tu fasses tout pour eux, et tout de suite. Pour hier, même. 

Bref, je côtoie un tas de personnes différentes. Et mes accompagnements sont à chaque fois différents. Mon investissement aussi. Les situations ne demandent pas toutes la même énergie, le même dévouement, etc. 

Je rends donc un service aux gens. Dans notre société, tout service se paie. C'est inscrit dans les gènes. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on doit payer son psychanalyste ... Parait que sinon, la thérapie ne fonctionnera pas aussi bien.  Bon, donc je disais, voilà tout service mérite salaire. Alors pour certaines personnes que j'accompagne, c'est difficile de concevoir que je fasse ça pour eux, sans rien de leur part en retour. J'ai beau leur assurer que j'ai un salaire qui tombe à la fin du mois ... certes pas mirobolant ... ils insistent ... le fameux don/contre-don. 

  • Les dons alimentaires
Chocolats en période de fêtes, spécialités du pays d'origine, alcool (j'ai déjà eu droit à du vin et du champagne), bonbons ou plats faits maison ... c'est le cadeau le plus répandu. Il faut cependant s'assurer de plusieurs choses : la date de péremption ... ou l'hygiène si c'est du fait maison ... car parfois, il faut avouer que même si l'attention nous touche, il nous est difficile de mettre à la bouche le met préparé par la personne que l'on accompagne et que l'on connait parfois un peu trop bien ... notamment quand ta patiente de psychiatrie, chez qui tu avais fait une visite à domicile pour constater l'état d'insalubrité, te ramène une boîte remplie de gâteaux à l'aspect visqueux et bizarres ... méconnaissables au point que tu ne sais pas ce que c'est ! Heureusement, j'ai eu plus souvent d'excellents produits comme du miel ou des chocolats ...

  • Les cadeaux en tous genres 
Tapis, cadres (kitsch),  tasses (kitsch), boîtes, stylos, bracelets (DIY), livres, sacs, parfums ... Les gens ont souvent l'imagination bien débordante ! Véridique, une de mes collègues a reçu un jour une plaque de remerciement, celles que l'on pose sur les pierres tombales "A une amie très chère ...". Imaginez sa tête ! Moi, j'ai eu un peu plus de chance et j'ai souvent eu des cadeaux soft ... et assez passe-partout. Mais rien que je ne ramène à la maison ... Je laisse tout au bureau. D'une part, pour honorer les personnes qui m'ont offert ces trophées, et d'autre part, parce que ça ferait quand même un peu tâche dans ma déco perso :D 

  • Les fleurs
Coupées, en pot, naturelles ou artificielles ... C'est au final le cadeau le moins risqué ! Et j'ai pu démarrer un élevage d'orchidées ... Bon, pour être honnête, elles sont désormais dans le bureau de ma secrétaire, qui se charge de les faire refleurir ... car moi, j'ai pas la main verte. Je me rappelle encore quand un jour, la femme d'un patient, que j'ai accompagné pendant de longs mois, est arrivée, le jour de mon anniversaire, avec une belle orchidée et un petit message de remerciement. J'en ai eu les larmes aux yeux. 

Il y a eu deux cadeaux qui m'ont particulièrement touchée ... Des dragées du baptême d'une petite fille de néonat ... J'avais accompagné sa maman pendant 2 mois, victime de violences conjugales. J'ai encore le petit contenant, sur mon bureau, et à chaque fois que je le regarde, je pense à elles. 
Et puis, il y a eu le calendrier de l'avent ... offert par mon patient syrien, aujourd'hui décédé, dont je t'ai déjà parlé ici ... Des cadeaux si sincères. 
Et puis, en décembre, il y a eu cette future maman, enceinte de 7 mois, que j'ai accompagné à la maternité en consultation. Je suis restée avec elle pendant 3 heures. On a parlé d'elle, de son fils et de l'enfant qu'elle attendait ... Elle m'a juste demandé si j'avais des enfants. Je pense qu'à mon regard, à ma voix ... elle a compris quand j'ai juste dit "non, pas encore". Elle m'a dit que dans son pays, quand une femme accouche elle prie et elle peut alors demander à Dieu tout ce qu'elle souhaite. Elle a dit qu'elle allait prier pour moi, pour que je devienne mère. Je n'ai rien dit, j'ai juste souri. C'est un peu idiot, mais je me suis accrochée à sa promesse. Elle devait accoucher fin janvier ... Si seulement sa prière pouvait être exaucée. Elle est aussi revenue m'apporter des papillotes, pour me remercie de tout ce que j'avais fait pour elle (pas grand chose malheureusement). 




Au final, dans ces moments là, après l'hésitation "dois-je ou non accepter le cadeau", je me retrouve dans la même situation que ces personnes ... dans un besoin de les remercier, de leur donner quelque chose en échange ... un cercle un peu vicieux, sans fin ... mais qui s'arrête malgré tout ... car je suis professionnelle, et ce que j'ai à offrir, à partager, à échanger ... ce sont mes compétences, mon expertise, mes conseils, mon écoute ... 

Je vis un métier extraordinaire. Ces personnes ont tellement de richesses humaines à partager ... 

lundi 27 février 2017

Le jour où je fais le point des clichés de l'assistante sociale

Un grand nombre de métiers fait l'objet de nombreux clichés, mais je pense que le mien est dans le Top 10 ! Et pourtant, mon métier est aussi difficile qu'il est passionnant. Alors, histoire de rigoler un petit peu en ce début de mois, j'ai envie de parler cliché d'assistante sociale avec vous ... 


  • L'assistante sociale enlève les enfants à leurs parents
Oui, et on les donne à des gens en manque d'enfants. Plus sérieusement, notre mission principale est celle de la protection de l'enfance, et croyez-moi, en 2017, il y a encore beaucoup de progrès à faire en matière de protection de l'enfance, mais rassurez-vous, les enfants ne sont pas retirés à leurs parents par erreur. Nous menons des enquêtes, nous analysons et nous transmettons à un procureur ou à un juge, qui lui décide ... il y a malheureusement plus d'erreur dans le sens où des enfants sont rendus à des parents maltraitants, que l'inverse.
 
  • L'assistante sociale donne de l'argent aux pauvres
Et cet argent, on le vole aux riches. Plus sérieusement, notre mission d'aide sociale est assez limité. Oui, nous permettons à des personnes dans le besoin, à un instant T, de prétendre à certaines aides, légales ou extra-légales. Mais d'une, nous ne disposons pas du porte-feuille, on présente un dossier à une commission et ce sont les membres de la commission qui décident ... De deux, ces aides sont versées quand la personne répond à un certain nombre de critères. Enfin, il faut savoir que tout le monde peut un jour avoir besoin de ces aides, que ce soit à cause de la maladie, de la perte d'un emploi, etc. Personne n'est à l'abri d'avoir un jour besoin d'aide.
  • L'assistante sociale place les petits vieux en maison de retraite
Et leur paye la maison de retraite, en plus. Plus sérieusement, notre mission de protection des personnes vulnérables nous pousse parfois à protéger des personnes âgées qui se mettent en danger à domicile, car elles vivent seules, dans des logements inadaptés. Elles sont alors mises sous tutelle, après expertise et décision d'un juge ... et c'est ensuite le tuteur qui signe pour une entrée en EHPAD si besoin est. Nous ne forçons personne et ne faisons pas les démarches à la place de la personne. On informe, on conseille, on accompagne ... mais on n'oblige pas. 

  • L'assistante sociale porte un tailleur et un chignon
Et des lunettes. Plus sérieusement, je n'ai jamais su me faire de chignon et je n'ai jamais acheté de tailleur, même si des fois, j'ai envie de me la jouer business woman et d'en acheter un. Mes collègues s'habillent soit en Designual ou en jeans avec des t-shirts rigolos, soit en vêtements baba cool ou en leggin et tunique sobre. Bref, on s'habille comme tout le monde et on n'a pas le temps de se faire un chignon tous les matins, on a le monde à sauver ! 

  • L'assistante sociale a une baguette magique
Et sa secrétaire est un elfe. Plus sérieusement, je n'ai aucun super pouvoir si ce n'est celui de me donner à fond pour les personnes que j'accompagne et avec qui je travaille, main dans la main. Je ne claque pas des doigts pour résoudre les problèmes, je ne suis pas Joséphine Ange Gardien. Je ne remets pas un enfant dans le droit chemin comme Pascal le grand frère ou Super Nanny rien qu'en le regardant dans les yeux. Et malheureusement, je ne range pas ma maison comme Mary Poppins en 2 minutes chrono le temps d'une petite chanson. 

  • L'assistante sociale est blindée en émotion car elle voit des choses trop dures
Et elle prend même du plaisir face à toute la misère du monde. Plus sérieusement, je suis humaine comme les autres, et il m'arrive d'avoir les larmes aux yeux, d'être émue, de pleurer, de rire, d'être heureuse et soulagée ... pour les personnes que j'accompagne. Mon métier est avant tout humain avant de consister à remplir des dossiers, trier des papiers, donner des aides financières et placer des vieux et des enfants. Et heureusement que je ressens toutes ces émotions, sinon je devrais changer de métier si je devenais un robot. 

  • L'assistante sociale n'aide que les étrangers
Et les homos aussi. Plus sérieusement, je suis fatiguée d'entendre ce genre de discours, qu'on n'aide que les étrangers (au choix : les arabes, les roms ou les migrants), les glandeurs au RSA ou au chômage ... par contre, une chose est sûre, j'évite d'aider les cons et les racistes ! 

Et toi, ton métier a aussi des clichés difficile à faire tomber ? 

mardi 7 février 2017

Le jour où je te donne des conseils pour une entrée en EHPAD

Aujourd'hui, parlons un peu sérieusement. 
Nous serons tous un jour ou l'autre, confronté à la perte d'autonomie d'un proche - ou de soi-même -. 
En tant qu'assistante sociale hospitalière, je suis souvent confrontée à cette problématique, avec mes patients âgés et malades, dont l'autonomie ne leur permet plus de rester à la maison. 
En général, il s'agit de personnes qui vivent seules, mais cela peut aussi concerner des personnes en couple. 
Ce que je remarque cependant, c'est que la question d'entrée en EHPAD, à savoir en établissement pour personnes âgées dépendantes - autrement la bonne vieille maison de retraite -, fait souvent beaucoup de remous au sein d'une famille. 
Il est souvent difficile pour des enfants d'accepter de voir leurs parents vieillir et diminuer. Tout comme il est parfois impossible pour une personne âgée d'accepter son état de dépendance. A cela on ajoute les enjeux financiers de l'entrée dans ce type d'établissement, et on obtient un bon gros problème familial ... 



Voici donc quelques conseils que je vous livre, pour que ce passage de la vie difficile se passe le plus sereinement possible. 

Conseil n° 1 : n'hésitez pas à visiter les maisons de retraite où vous avez déposé des dossiers - ou où vous envisagez d'en déposer. Ainsi, vous vous ferez une idée concrète de l'ambiance et de la qualité de la prestation offerte. 
Conseil n°2 : le coût d'une maison de retraite est très élevé, entre 1500 et 3500€ par mois, en fonction de la localisation et des prestations. Il existe différentes aides pour financer la maison de retraite, dont certaines qui seront récupérable sur l'héritage. Cependant, il y a avant tout l'obligation alimentaire auxquels sont soumis les obligés alimentaires. Pas de panique, la participation des OA est calculée en fonction des revenus et charges de chacun, le but n'est pas de vous endetter. Ne vous disputez pas entre frères et sœurs pour cela, ça n'en vaut pas la peine. Vous pouvez faire appel au juge pour régler un conflit si besoin. 
Conseil n°3 : anticipez et déposez des dossiers dès que vous ressentez les premiers signes que le maintien à domicile sera difficile. Vous inscrire dans une maison de retraite ne vous oblige pas à y entrer dès le lendemain. Les délais sont souvent longs, et il vaut mieux refuser une place quand elle se libère en vous laissant sur la liste d'attente, plutôt que de chercher une place en urgence car le maintien à domicile n'est désormais plus possible. 
Conseil n°4 : déposez des dossiers dans au moins 5 EHPAD, vous multipliez ainsi vos chances. 
Conseil n°5 : si vous ne pouvez pas payer seul votre EHPAD, choisissez des établissements conventionnés pour percevoir l'Aide Sociale et qui appliquent les tarifs de l'Aide Sociale, afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. 
Conseil n°6 : faites vous accompagner par une assistante sociale (de votre secteur, de l'hôpital ou du SSR où est hospitalisée la personne âgée ...) afin de répondre à vos différentes questions et ainsi pouvoir chasser de votre esprit des idées reçues 
Conseil n°7 : les prix varient énormément d'un endroit à l'autre. Ainsi, dans une grande agglomération les prix peuvent dépasser les 3000€ ... parfois, il suffit de s'éloigner de seulement quelques kilomètres ou de passer dans le département voisin pour payer moitié moins cher ! Alors, n'hésitez pas à consulter les tarifs des départements voisins, ça vaut le coup. 



Mais mon plus grand conseil sera bien entendu que l'idéal est que la démarche vienne de la personne âgée dépendante elle-même, car il n'y a rien de pire qu'une entrée en institution forcée. C'est un changement radical et brutal de vie, il est donc important que la personne soit partie prenante, le plus possible, quand ses capacités cognitives le lui permettent. 

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me les poser, je me ferai un plaisir de vous répondre le plus clairement et simplement possible. 


vendredi 3 février 2017

Le jour où sa vie a basculé

Je l'ai connu tout début janvier, pour la fameuse "Bonne Année". C'est toujours étrange, les débuts d'année à l'hôpital. On rencontre nos patients, anciens, nouveaux, et on leur souhaite nos bons voeux. De santé surtout. Pour certains, on sait que malheureusement, cette année risque d'être leur dernière. 
Pour Monsieur Joyeux, je ne m'en doutais pas. Mais très vite, j'ai été prise d'affection pour lui. Père de famille de 3 jeunes enfants, il avait été hospitalisé le 31 décembre. On a très vite lié une relation de confiance, essentiel dans mon métier. 
Monsieur Joyeux était cadre dans une grande entreprise. Sa DRH a été au top, très humaine et compréhensive, on a travaillé ensemble. 
Monsieur Joyeux avait une maladie très agressive, qui lui a également paralysé les jambes. On a donc très vite parlé dossier handicap ... des mots horribles à entendre pour un père de famille de 45 ans, qui était plein de projets autre que celui de passer les 6 prochains mois à l'hôpital ou dans un centre de rééducation. Mais malheureusement, c'est ce qu'il s'est passé. Monsieur Joyeux n'a pas quitté le milieu hospitalier avant fin août. Il a enchaîné les grosses chimios et de lourdes séances de rééducation. 
On s'est battu, lui et moi, pour sa situation ... Parce que financièrement, malgré les indemnités journalières et sa prévoyance, il a perdu des ressources. Sa femme ne travaillait pas. D'ailleurs, il se faisait du souci pour elle et leurs enfants. Il était le père de famille, celui qui dirigeait tout. Et même de l'hôpital, il continuait à tout diriger. 
Et puis, il a eu sa première permission, où il a pu rentrer chez lui le weekend, pour être auprès de sa famille. L'appartement a été aménagé pour lui permettre de se déplacer en fauteuil. On a aussi beaucoup travaillé avec les enfants, pour qu'ils comprennent et acceptent la maladie de leur papa. On a fait du bon boulot. Et Monsieur Joyeux était non seulement en rémission complète, mais aussi sur le point de retrouver l'usage de ses jambes. 
Quand je suis revenue de mes congés d'été, début septembre, j'ai vu qu'il était de retour chez nous. Je me suis dit "sûrement une cure de consolidation". Mais très vite, j'ai appris qu'il rechutait. Il rechutait méchamment. Et c'est allé très vite. Trop vite. 
Alors, on s'est dépêché. J'ai tout fait pour le tranquilliser, pour qu'il puisse partir sereinement. Sa femme ne parlait pas français, était dépassée par tous les événements et n'arrivait pas à gérer les 3 enfants. On a mis en place une TISF (technicienne d'intervention sociale et familiale) qui a pu recadrer des choses à la maison et aider cette maman complètement démunie, en plus d'être sous le choc de l'annonce de la rechute de son mari. J'ai rencontré ses enfants, on a beaucoup parlé. Avec la grande de 12 ans qui prenait le rôle de l'adulte et devait se préserver. Avec le petit de 3 ans, qui était ultra fusionnel avec sa maman et l'empêchait de faire un pas sans lui. Avec celle de 8 ans, en colère et qui n'en faisait donc qu'à sa tête, testant les limites. J'ai eu le coeur serré. J'ai eu envie de pleurer. 
On a aussi travaillé avec l'assistante sociale de secteur, celle qui prendrait mon relais quand Monsieur ne serait plus ... et qui aura alors la charge d'accompagner cette famille, cette mère seule avec 3 enfants et se retrouvant du jour au lendemain sans ressources. Monsieur Joyeux était soulagé de voir tout se mettre en place pour sa femme et ses enfants. 
Monsieur Joyeux était de plus en plus fatigué. Lui qui tenait à toujours faire les choses lui-même, avec juste mon aval pour confirmation, m'a tout laissé faire. Il s'est laissé porter, pouvant dire "je compte les jours". 
Il a pu rentrer à la maison pour les vacances de la Toussaint. Il était heureux et anxieux à la fois. Il a fait promettre au médecin de le ré-hospitaliser si jamais ça se passait mal. Il ne voulait pas mourir à la maison. Et c'est ce qu'il s'est passé. Monsieur Joyeux est revenu dans notre service juste après les vacances. Il n'a pas eu le temps d'aller en soins palliatifs, il est mort avec nous, début novembre, laissant un grand vide que ce soit dans le coeur de sa famille que dans notre service. 
J'ai accompagné Monsieur Joyeux pendant 11 mois. 11 mois passés quasiment exclusivement à l'hôpital. En 11 mois, il a marqué ma vie, je me souviendrais de lui, il fait parti des gens que l'on accompagne et ne nous quitte jamais. 
Je me souviendrais son visage, son sourire, sa voix, sa morale, sa force de vie et son calme et son acceptation face à la mort. Je me souviendrais de ses enfants, des tornades, le sourire aux lèvres et pourtant le cœur meurtri. 2016 a vu une nouvelle étoile briller dans le ciel.